POÉSIE SANS PAROLES
Une fois de plus, les absents ont eu tort. Ne pas aller voir Julien Cottereau sur scène, c’est se priver d’un bonheur qui dure bien après le dernier salut au public. Il suffit de voir et d’entendre les gens à la sortie, encore sous le coup de l’émotion, heureux d’avoir découvert
un artiste comme on en rencontre peu dans une carrière de spectateur.
Par la poésie de son personnage, il fait évidemment penser à Charlie Chaplin et au mime Marceau. Mais ce qu’il fait est unique : clown, mime, bruiteur. Rien que sa performance de bruiteur est incroyable. Pendant une heure et demie, chaque geste est sonorisé à la perfection, ainsi que son environnement. Il nous fait vivre ses aventures, avec pour seuls accessoires son chapeau et un chiffon. Il joue à la balle avec le public, fait monter des spectateurs sur scène pour leur faire jouer la comédie.
On rit beaucoup, on est ému – jusque pendant les applaudissements, où il nous charme par une dernière trouvaille poétique. On ne sera pas étonné d’apprendre qu’il fait partie de Clowns
sans frontières, et que Michel Boujenah est son parrain.
Julien Cottereau est un artiste exceptionnel, et un être humain d’une grande sensibilité.
ZABOU OSE LE THÉÂTRE-RÉALITÉ
Expérience intéressante : aller voir un spectacle qui transpose sur scène deux documentaires
vus l’avant-veille. D’autant plus que Raymond Depardon filme en plans fixes, ce qui nous place dans la même position (celle de la caméra), et que le spectacle retranscrit les dialogues au mot et au détail (accents, gestes) près.
La situation me rappelle une réflexion soumise il y a une trentaine d’années : à quoi bon aller voir Pink Floyd ou Supertramp en concert pour entendre les albums studio rejoués à la note
près ? Sans parler de la musique classique…
Pour ce spectacle, la réponse tient déjà dans le titre : Les Gens. Zabou Breitman a été très touchée par ces êtres blessés, fragiles : « ça pourrait aussi être nous* » dit-elle.
En témoignant le même respect que Raymond Depardon, elle restitue l’humanité de ces antihéros, nous les rend attachants. Les dialogues, dont aucun auteur n’aurait pu approcher autant la réalité, nous dévoilent de grandes souffrances morales, et pourtant l’on rit aussi.
Zabou Breitman a donc réussi la gageure de mettre en scène des documentaires. Et si l’on entend souvent que « adapter, c’est trahir », cette fois c’est tout le contraire.
Il serait intéressant d’avoir le ressenti de spectateurs n’ayant pas vu les films (ou pas récemment), et ayant forcément vécu le spectacle différemment.
* valeur peut-être plus importante à enseigner que « qu’un sang impur abreuve nos sillons »
4 réponses jusqu'à présent ↓
ALAIN HERREMAN // 19 octobre, 2009 à 7:16
POÉSIE SANS PAROLES
Une fois de plus, les absents ont eu tort. Ne pas aller voir Julien Cottereau sur scène, c’est se priver d’un bonheur qui dure bien après le dernier salut au public. Il suffit de voir et d’entendre les gens à la sortie, encore sous le coup de l’émotion, heureux d’avoir découvert
un artiste comme on en rencontre peu dans une carrière de spectateur.
Par la poésie de son personnage, il fait évidemment penser à Charlie Chaplin et au mime Marceau. Mais ce qu’il fait est unique : clown, mime, bruiteur. Rien que sa performance de bruiteur est incroyable. Pendant une heure et demie, chaque geste est sonorisé à la perfection, ainsi que son environnement. Il nous fait vivre ses aventures, avec pour seuls accessoires son chapeau et un chiffon. Il joue à la balle avec le public, fait monter des spectateurs sur scène pour leur faire jouer la comédie.
On rit beaucoup, on est ému – jusque pendant les applaudissements, où il nous charme par une dernière trouvaille poétique. On ne sera pas étonné d’apprendre qu’il fait partie de Clowns
sans frontières, et que Michel Boujenah est son parrain.
Julien Cottereau est un artiste exceptionnel, et un être humain d’une grande sensibilité.
theatredubeauvaisis // 22 octobre, 2009 à 1:18
Merci pour cet éloquent commentaire.
Au plaisir de vous lire de nouveau.
Bien cordialement,
Céline.
ALAIN HERREMAN // 5 novembre, 2009 à 12:32
ZABOU OSE LE THÉÂTRE-RÉALITÉ
Expérience intéressante : aller voir un spectacle qui transpose sur scène deux documentaires
vus l’avant-veille. D’autant plus que Raymond Depardon filme en plans fixes, ce qui nous place dans la même position (celle de la caméra), et que le spectacle retranscrit les dialogues au mot et au détail (accents, gestes) près.
La situation me rappelle une réflexion soumise il y a une trentaine d’années : à quoi bon aller voir Pink Floyd ou Supertramp en concert pour entendre les albums studio rejoués à la note
près ? Sans parler de la musique classique…
Pour ce spectacle, la réponse tient déjà dans le titre : Les Gens. Zabou Breitman a été très touchée par ces êtres blessés, fragiles : « ça pourrait aussi être nous* » dit-elle.
En témoignant le même respect que Raymond Depardon, elle restitue l’humanité de ces antihéros, nous les rend attachants. Les dialogues, dont aucun auteur n’aurait pu approcher autant la réalité, nous dévoilent de grandes souffrances morales, et pourtant l’on rit aussi.
Zabou Breitman a donc réussi la gageure de mettre en scène des documentaires. Et si l’on entend souvent que « adapter, c’est trahir », cette fois c’est tout le contraire.
Il serait intéressant d’avoir le ressenti de spectateurs n’ayant pas vu les films (ou pas récemment), et ayant forcément vécu le spectacle différemment.
* valeur peut-être plus importante à enseigner que « qu’un sang impur abreuve nos sillons »
theatredubeauvaisis // 5 novembre, 2009 à 4:04
Merci à vous pour cette vision et cette lecture du spectacle de Zabou Breitman.
A très vite.
Bien cordialement,
Céline.