« Je dis que l’avenir c’est du désir, pas de la peur » P.Chéreau

Philippe Calvario, Les visages et les corps ce soir, à 20h30 au Théâtre du Beauvaisis…

LES VISAGES ET LES CORPS (Philippe CALVARIO) 2013

PRESSE:
Télérama Sortir Les Visages et les Corps

Philippe Calvario, sans le moindre pathos, est un acteur si « habité » par l’artiste qu’il lui ressemble par instants. Le spectacle est d’une extrême justesse dans l’espace, le rythme, la voix. Dans la salle, le public retient son souffle. Un très beau spectacle sur l’amour,la création, la mort.
Sylviane Bernard-Gresh 30 oct. 2013

oui Beauvais et le Beauvaisis
ont besoin d’un nouveau théâtre !

 

Le projet de reconstruction du Théâtre du Beauvaisis a été l’une des questions qui ont agité la campagne électorale qui s’achève.
Il n’appartenait pas au Comité de Gestion du Théâtre d’entrer dans la polémique. Mais désormais, à la veille de la consultation, celui-ci considère de son devoir d’apporter sur le sujet les éléments d’information objectifs qui permettront à chacun de se faire son opinion.

En 2002, la Ville de Beauvais a confié au Comité de Gestion du Théâtre du Beauvaisis la mission de créer les conditions susceptibles, au-delà des carences d’ordre technique du bâtiment et de l’obsolescence de ses équipements scéniques, de légitimer la nécessaire reconstruction de son théâtre, dit provisoire depuis 1945.

 Ces conditions sont aujourd’hui réunies. Le Théâtre du Beauvaisis, dont le champ d’audience couvre toute la moitié ouest du département de l’Oise, accueille chaque saison, rien que dans le cadre de ses propres programmations, une moyenne de 42 000 spectateurs de tous âges (43 000 en 2012 / 2013, dernier chiffre connu). D’autre part, la qualité et l’exigence de son projet artistique ont conduit le Ministère de la Culture à lui reconnaître un statut de « scène nationale » dans le cadre de la préfiguration engagée de la Scène nationale de l’Oise. Et, parallèlement, le bâtiment a continué de manifester son incapacité, d’une part, à répondre aux exigences techniques d’accueil des créations contemporaines et, d’autre part, à recevoir le public dans de bonnes conditions de confort et, à court terme, de sécurité.

 Ainsi, sur le plan technique, le cadre de scène est trop étroit et trop bas. Le plateau manque de largeur, de profondeur et de dégagements dans les coulisses. La cage de scène n’offre pas assez de hauteur pour autoriser un échappement satisfaisant des décors. En salle, les passerelles « lumière » sont trop basses pour permettre aux spectacles d’être éclairés correctement. Seule la fosse d’orchestre est exempte de critique puisqu’elle n’existe pas.

 Côté confort, hormis le fait qu’il pleut sur le plateau de la grande salle (et dans l’espace de jeu de la salle Catherine Dasté) et que, par mesure de sécurité, un filet à maille fine a dû être installé au-dessus du gril de la cage de scène pour récupérer les gravats qui chutent de la toiture par grand vent, le rapport entre la dimension de l’ouverture du cadre de scène et celle de la ligne d’implantation des fauteuils génère de part et d’autre de la partie basse de la salle des angles morts qui ne permettent pas de voir tout l’espace du plateau et donc l’intégralité des décors et du jeu. Quant à la climatisation, plus de 40 degrés ont déjà été relevés, à plusieurs reprises, dans la partie haute de la salle.

 Enfin, en ce qui concerne la sécurité, lors de leur visite de septembre 2012, les membres de la commission de sécurité ont constaté que cet établissement est vieillissant et que sur les dires de Mme la Directrice du théâtre un projet de reconstruction est en cours d’élaboration. La présente commission de sécurité ne peut qu’encourager la poursuite de ce projet, en effet au regard des constats réalisés le jour de la visite, il semble compliqué de mettre en place les dispositions nécessaires afin d’assurer à plus ou moins long terme la sécurité du public, des artistes, du personnel, ou encore celle des sapeurs pompiers qui seront appelés à intervenir en cas d’incendie. (extrait du rapport de visite)

 Au regard de ces constats, la perspective d’une simple restauration du bâtiment serait-elle la solution ? Absolument pas !

L’hypothèse a naturellement été prioritairement envisagée et étudiée. Comme elle l’avait été d’ailleurs lors de l’élaboration du programme des travaux, de restauration justement, engagés au début des années 1980. Et, en 2008, cette étude est arrivée aux mêmes conclusions que celles auxquelles les architectes étaient parvenus 30 ans plus tôt. A savoir que la nature et l’importance des modifications architecturales à apporter au bâtiment pour sa mise aux normes requises impliquent nécessairement sa reconstruction.

 En effet, conçu de façon provisoire au lendemain de la seconde guerre mondiale dans une architecture d’entrepôt, l’édifice actuel s’avère impropre à subir les transformations d’envergure liées à la profonde mutation nécessaire des espaces, des volumes et moyens techniques. (étude préalable à la construction d’un théâtre à Beauvais – Aubry & Guiguet Programmation – 30 juin 2008)

 Il convient d’entendre par impropre le fait que ses structures, la trame constructive du bâtiment, ses équipements… ne sont aucunement à même de subir toute « mise à jour ». Rien ne peut techniquement être conservé pour l’adapter aux besoins recensés.

 Quant au montant de 8 M€ auquel serait censé revenir cette éventuelle restauration, on ne peut que s’interroger sur le sens de cette estimation. Car cette somme n’atteint pas le double des crédits nécessaires pour disposer des seuls équipements scéniques, d’un montant de 5 M€ environ. Que pourrait-on faire avec les 3 M€ restants, sauf à imaginer de rester strictement dans l’existant ? Car, pour cette somme, il ne faut espérer aucune possibilité de réaliser une quelconque cage de scène. Ce montant de 8 M€ ne peut être fondé sur aucune étude sérieuse.

 La seule solution envisageable est donc bien celle d’une reconstruction.

 Le programme architectural envisagé est-il démesuré ? Nullement !

Ce programme correspond au minimum exigé par le Ministère de la Culture comme aux besoins usuels d’une scène conventionnée, a fortiori d’une scène nationale en préfiguration, pour les territoires d’échelle équivalente à celle de Beauvais et du Beauvaisis. Il n’est en rien surdimensionné. D’ailleurs, le nombre des locaux sera, à une unité près, identique à celui de ceux que compte le théâtre actuellement.

A savoir :

Un foyer d’accueil du public, avec librairie et café littéraire et musical,

Une grande salle de diffusion de 800 places,

Une petite salle de diffusion de 250 places,

Une salle de répétition pour les artistes en résidence,

Une salle d’animation ouverte aux cours du Théâtre-école, aux ateliers d’éducation artistique et aux réunions (seul volume supplémentaire),

Des bureaux,

Des loges et espaces logistiques attachés au service des salles de diffusion,

Un parking couvert de 300 places (237 actuellement).

 Simplement, chacun de ces espaces sera dimensionné et aménagé de manière à répondre efficacement, dans le cadre de sa destination, aux exigences de fonctionnement d’un théâtre de service public ayant vocation à relever les défis artistiques, culturels et sociaux de son temps. Au fil de son élaboration, ce programme a fait constamment l’objet d’ajustements au plus près des besoins et aucune source d’économie ne peut désormais être envisagée, sauf à mettre en cause directement les missions et le projet artistique et culturel du Théâtre du Beauvaisis.

 Le coût de cette reconstruction est-il trop important ? Pas du tout !

Il ne serait pas sérieux d’avancer que le coût de cette reconstruction est beaucoup trop élevé sans avoir pris préalablement la précaution de le comparer à celui d’autres opérations de même nature dont les montants HT (bâtiment et équipements scéniques) s’établissent comme suit.

 Théâtre du Maillon, à Strasbourg, établissement expérimental au confort spartiate et ne disposant pas de salle d’animations : 16,5 M€ (valeur 2013)

Théâtre de l’Archipel, à Perpignan : 18,3 M€ (valeur 2006)

Maison de la Culture de Bourges : 21 M€ (valeur 2013)

Grand Théâtre d’Albi, avec une salle de 900 places : 25,2 M€ (valeur 2008)

 Ainsi, à hauteur de 21,5 M€ (valeur 2013), le coût du Théâtre du Beauvaisis s’inscrit-il dans une honnête moyenne.

 En fait, Beauvais et le Beauvaisis ont-ils besoin d’un théâtre ?

Telle est bien, finalement, la seule question qui se pose. Or, quel que soit l’angle sous lequel on l’aborde, la réponse s’impose d’elle-même.

Qui peut contester en effet qu’à l’image de Creil et de Compiègne, Beauvais, Ville-préfecture, a besoin elle aussi de disposer enfin d’un théâtre performant ? Certes, les besoins à satisfaire dans de nombreux autres domaines sont à prendre en considération. Mais ceux-ci ne peuvent pas, ne doivent pas être concurrentiels.

 Parce que Gérard Mortier, Directeur de l’Opéra de Madrid, critique la «démagogie» qui consiste à opposer culture et société en disant que l’on ne peut donner de l’argent à l’Opéra alors que l’on supprime des lits d’hôpital. Alors que nous avons besoin de l’art comme du pain de l’esprit. (Le Monde – déc 2012)

 Parce que Renzo Piano, architecte de renommée internationale, en charge de l’aménagement de la Citadelle d’Amiens, professe qu’il est essentiel de se donner les moyens d’apprendre à voir la beauté, à la rechercher et la désirer. Tout le monde apprend à chercher l’argent, le pouvoir ou la victoire. Or, la beauté, l’art, la poésie sont plus importants, parce qu’ils peuvent changer le monde. (M – Le magazine du Monde – nov 2010)

 Parce que Fabienne Pascaud, directrice de la Rédaction de Télérama, considère (qu’) il faut aujourd’hui faire le pari de la culture pour penser nos existences autrement, hors du champ politique, hors des clivages sociaux, hors des frontières. Ecouter les artistes devrait être pour tous une nécessité. (Télérama – mai 2012)

 Parce qu’en février 1961 déjà, Jean Vilar expliquait à une assemblée de chefs d’entreprise (qu’on imagine sidérés) que la construction de nouveaux théâtres dans la banlieue est aussi essentielle que la défense du franc. («Le théâtre, service public », J. Vilar – 1975)

 Et parce que sur le plan du développement économique, la construction d’un théâtre dote la collectivité qui l’engage d’atouts de qualité qui confèrent à son investissement un caractère productif.

 Oui, Beauvais et le Beauvaisis ont besoin d’un nouveau théâtre. Et, en conscience, le beau projet conçu par l’agence Moreau- Kusunoki est une réponse juste.

 

Beauvais, le 10 mars 2014
Pour le Comité de Gestion du Théâtre du Beauvaisis

Guy d’Hardivillers
Président