« Le Square », bouleversante conversation

Le Square
D’après Marguerite Duras
Mise en scène Didier Bezace
avec Clotilde Mollet et Didier Bezace
Mardi 2 décembre à 20h30

 

LA PRESSE EN PARLE
Article tiré des Trois Coups.com

2014 aura été l’année du centenaire de la naissance de Duras. On l’a beaucoup jouée, on a voulu réentendre sa parole, en goûter la profondeur, et se souvenir de son analyse du destin des hommes. Elle manquait. Didier Bezace s’est magistralement chargé de combler ce vide en ressuscitant une Duras grave et bouleversante.

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C’est l’histoire d’une rencontre. Un jour ordinaire, dans un square ordinaire, une jeune bonne à tout faire surveille un petit garçon. Elle est au service de sa famille depuis de nombreuses années. Elle attend, la tartine de confiture et le verre d’eau sont prêts d’avance dans son petit sac à main. Elle reste là, à avoir à l’œil le fils d’une autre, sans rien dire. Elle ne montre aucun sentiment, aucune émotion. Rien ne s’échappe de ce visage placide et muet. Cette jeune femme semble blasée, presque hébétée. Déjà.

Mais un homme interrompt soudain ce pesant silence et décide de lancer la conversation. Représentant de commerce, la valise à la main, il est de passage. Il porte une veste trop grande et un costume de velours bas de gamme. Il se présente timidement. Elle lui demande alors, aussi spontanée qu’abrupte : « Comment cela vous est-il arrivé ? ». Leur dialogue révèle peu à peu le vertige de leur condition, modestes témoins d’une existence sans épaisseur, abîmés sans doute, mais aux intérieurs habités, suspendus à leur imaginaire. Sous des airs de banalité, la conversation bouleverse.

Le Square, c’est d’abord l’adaptation d’un texte rare, subtil. Un des « plus beaux textes de théâtre populaire » selon Bezace. Duras avait, comme souvent, écrit une œuvre hybride, inclassable, aux allures de récit. Les critiques littéraires y ont vu du théâtre, Didier Bezace aussi. La dramaturgie est très simple : c’est la quête de ces deux personnages, quoique très différents, qui les rapproche. Comment échappe-t‑on à son sort ? Est-il possible de changer, de s’extraire des contingences dans lesquelles on est tous plongés ? Peut-on lutter contre cela ? Elle cherche inlassablement et obstinément ce changement, au bal chaque samedi soir, tandis qu’il prétend qu’il n’en a pas le temps, qu’il serait préférable que le changement aille vers lui. Ils sont seuls tous deux, confits dans cette solitude moderne et tragique. Et pourtant l’homme se croit heureux, car il est libre, sans attaches, et la jeune femme le soutient aussi, car elle se prépare. Elle attend. Elle attend de « s’appartenir », de commencer « à posséder quelque chose », de se sentir exister. Et elle ne le pourra que lorsqu’elle aura rencontré « l’autre ».

Un questionnement bien plus profond

Au-delà de ces deux personnages, Duras emporte le spectateur dans un questionnement bien plus profond. En effet, leur conversation est bien éloignée de ce qu’on aurait pu supposer. Ils ne bavardent pas, ils philosophent, et du même coup, ils nous renvoient à nos propres compromissions avec l’Absolu, à nos quotidiens tièdes, à nos rêves de grandeur étouffés au nom du raisonnable ou du correct. Ou, pire, au nom du réel.

Si ce spectacle est une telle réussite, c’est bien entendu parce que la mise en scène est extrêmement dépouillée, juste, presque pure. Se passant d’effets ou d’artifices inutiles, Didier Bezace laisse intelligemment les mots et les silences de Duras révéler toute leur ampleur. C’est également parce que les deux acteurs sont brillants. Tout repose sur leur jeu habile, fin. Clothilde Mollet et Didier Bezace sont aussi bouleversants et sensibles l’un que l’autre et savent varier les registres, comme le texte durassien l’exige, avec délicatesse et lyrisme.

Enfin, la scénographie est remarquablement conçue. Quelques vieilles chaises en métal sont empilées dans un coin du plateau. Elles sont censées suggérer le square. Quelques bruitages, des cris d’enfants qui s’amusent, aident le public à se figurer la scène. Puis c’est un train que nous entendons, c’est dans une gare que nous nous sentons, livrés à la solitude de l’attente et à la perplexité finale. Ces deux personnages se sont-ils vraiment rencontrés ? Se retrouveront-ils, comme ils se le sont presque promis, ou tout cela n’était-il qu’un songe ? Didier Bezace semble poser la question au spectateur, libre d’imaginer l’épilogue qui sera le plus doux à ses yeux. Un travail très singulier et émouvant, d’une poésie rare.
Maud Sérusclat-Natale

Hommage

Le 26 octobre 2014, Françoise Bertin nous a quittés à l’âge de quatre-vingt-neuf ans. Selon son désir, elle a été inhumée au cimetière de Galan, dans les Hautes-Pyrénées. Un hommage lui sera rendu le mardi 2 décembre, à 10h30, lors d’une célébration en l’église Saint-Roch, 296, rue Saint Honoré, Paris 1er.
Si vous souhaitez témoigner et prendre la parole lors de cet hommage,  contactez directement Vincent Ecrepont au 06 11 29 20 95.

Françoise Bertin dans le spectacle "Votre Maman", Mise en scène Vincent Ecrepont crédit Michel Cavalca

Françoise Bertin dans le spectacle « Votre Maman »,
Mise en scène Vincent Ecrepont
crédit Michel Cavalca

A Queen of Heart, les chansons

Retour sur le spectacle A Queen of Heart,
pour vous faire parvenir la liste des chansons délicieusement interprétées par la talentueuse Rosemary Standley et son pianiste Sylvain Griotto mercredi soir dernier.

À disposition également les paroles des chansons dans le fichier pdf à Télécharger ici : Livret-A Queen of Heat

photo Loll Willems

photo Loll Willems

– LA REINE DE COEUR – Francis Poulenc / Maurice Carême, 1960

– THE MAN I LOVE – George Gershwin / Ira Gershwin, 1924

– PUT THE BLAME ON MAME – Doris Fisher / Allan Roberts, 1946

– EL NEGRO ZUMBON – Armando Trovajoli / Giordano Francesco, 1951

– I DON’T WANT TO GET THIN – Ted Shapiro / Sophie Tucker, 1929

– COME ON A MY HOUSE – Ross Bagdasarian / William Saroyan, 1939

– OOPS – Harry Warren / Johnny Mercer, 1952

– BECAUSE – John Lennon / Paul Mc Cartney, 1969

– WILD IS THE WIND – Dimitri Tiomkine / Ned Washington, 1957

– HOTEL – Guillaume Apollinaire / Francis Poulenc, 1940

– I’D RATHER GO BLIND – Ellington Jordan / Billy Foster, 1967

– JE NE T’AIME PAS – Kurt Weill / Maurice Magre, 1934

– PIRATE JENNY – Kurt Weill / Bertolt Brecht, 1928

– WHEN I RIDE – paroles Arthur Gillette, Rosemary Standley, Stephan Zimmerli, musique Moriarty

– LA NUIT JE MENS – Alain Bashung / Jean Fauque, 1998

– SAG MIR WO DIE BLUMEN SIND – Pete Seeger / Max Colpet, 1962

– LOVER COME BACK TO ME – Sigmund Romberg / Oscar Hammerstein, 1928

– JOHNNY GUITAR – Victor Young / Peggy Lee, 1954

– AIN’T GOT NO, I GOT LIFE – Nina Simone, 1968

– WHEN I AM LAID – Henry Purcell / Nahum Tate, 1689

– INDIA SONG – Carlos d’Alessio / Marguerite Duras, 1975

– RED HOT MAMA – Gilbert Wells /Bud Cooper / Fred Rose, 1924

Téléchargez les paroles des chansons ICI